Rapport 2022 sur le développement durable

4 la Russie. En Europe également, un pays démocratique poursuit ses relations politiques et économiques avec la Russie: la République de Serbie, où se trouve également l’un de nos sites de production. Et que fait la Suisse, où se trouve le siège de notre groupe d’entreprises? Elle soutient les sanctions de l’ONU à l’encontre de la Russie, accueille les personnes ayant fui l’Ukraine et fournit également une aide humanitaire sur place en Ukraine. La Suisse a jusqu’à présent rejeté toutes les demandes de livraison directe et indirecte d’armes et de munitions, un soutien pourtant décisif pour l’armée ukrainienne. Notre pays, par ailleurs prêt à aider, a choisi de se retrancher derrière une loi sur le matériel de guerre à adapter d’urgence et une forme de neutralité stricte désormais obsolète. En affichant une rigidité incompréhensible, la Suisse refuse toute aide substantielle à la défense nationale ukrainienne. Cette attitude heurte par ailleurs ses voisins et tous les pays qui soutiennent l’armée ukrainienne en lui fournissant armes et munitions. La Suisse s’est ainsi largement déconsidérée sur la scène internationale, ce qui lui est également très préjudiciable. Par comparaison, la volonté de la Chine d’approfondir son „partenariat stratégique“ avec la Russie est encore bien plus grave que le comportement de la Suisse. Et ce, à un moment où les relations de la Chine avec les Etats-Unis sont au plus mal. La dictature de Pékin est plus que jamais déterminée à faire de la Chine une puissance mondiale sur le plan militaire et à empêcher définitivement l’indépendance de Taiwan. Ces événements exposent aujourd’hui le monde à une terreur guerrière croissante et aux risques d’escalade. Par comparaison, la pandémie liée au Coronavirus a entraîné des changements géopolitiques d’une toute autre nature. En dépit des efforts en faveur de la protection de l’environnement, l’impact des menaces passées et présentes reste toutefois le même: Les efforts visant à atteindre les objectifs environnementaux, qui revêtent pourtant une importance existentielle pour les générations futures paraissent à nouveau moins urgents dans notre perception quotidienne. Tout comme lors de la pandémie liée au Coronavirus, le changement climatique dévastateur est pour la seconde fois éclipsé par une menace plus pressante sur le court terme. De ce fait, la lutte contre le réchauffement climatique, qui constitue un impératif absolument prioritaire, est à nouveau reléguée au second plan. Les conséquences dramatiques de cette baisse de vigilance ne sont pas quantifiables. Les catastrophes causées par les inondations, la sécheresse et la famine en Haïti, au Soudan du Sud, en Éthiopie et en Somalie en sont la preuve. Dans ces régions et dans d’autres vastes contrées africaines, le taux de mortalité imputable à la malnutrition est sans précédent et des millions d’autres personnes restent sévèrement menacées de famine en raison du changement climatique. L’aide des pays membres de l’OCDE, notamment les États-Unis et l’Allemagne, qui sont, de loin, les plus importants donateurs en matière d’aide au développement, permet de réduire cette mortalité de masse. Les victimes de guerre sont toutefois également fortement dépendantes de l’aide des pays donateurs. Leur nombre a augmenté de manière spectaculaire au cours des trois dernières années et n’a jamais été aussi élevé: selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés, le nombre de personnes déplacées de force dans le monde s’élève à 103 millions. Ces populations dépendent toutes d’une aide humanitaire d’urgence, d’une assistance économique et, en particulier en Ukraine, d’un soutien militaire important. Le cumul de toutes ces menaces à haut risque à travers le monde interdit à tout gouvernement, aussi responsable soit-il, de rester focalisé en permanence sur le réchauffement climatique. En effet, au-delà des problèmes de politique intérieure et de la gestion de la pandémie liée au Coronavirus, les gouvernements des Etats-Unis et de tous les pays démocratiques sont désormais confrontés à des défis en matière de politique extérieure. La diversité et l’ampleur globale de leurs interventions humanitaires, économiques et militaires se sont considérablement accrues en très peu de temps. Compte tenu de cette exigence de performance élevée, il semble exclu, que dans un proche avenir, la lutte contre le changement climatique figure toujours en tête de l’ordre du jour des gouvernements. En effet, même les gouvernements conscients de leurs responsabilités doivent inévitablement se résoudre à des compromis, qui se révèlent

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